Les deux guerres mondiales, ces séismes civilisationnels du XXe siècle, ont laissé une empreinte indélébile non seulement sur les cartes et les mémoires, mais aussi sur la littérature. Les livres qui explorent les romans des deux conflits mondiaux forment un continent littéraire à part entière, immense et diversifié. Des tranchées boueuses de la Somme aux plages normandes, de l’horreur des camps à l’héroïsme du quotidien, les écrivains ont cherché, à travers leurs livres, à témoigner, comprendre, exorciser et transmettre l’indicible. Ce corpus, allant du témoignage brut à la fiction la plus élaborée, constitue un devoir de mémoire collective et une exploration sans fin de la nature humaine sous pression extrême. Plonger dans ces récits, c’est accepter de confronter les ténèbres de l’histoire pour en extraire des leçons de courage, de résilience et, parfois, de profonde humanité.
La Grande Guerre : Des Témoignages aux Relectures Modernes
La Première Guerre mondiale a donné naissance à une littérature de témoignage d’une puissance brute. Des écrivains-combattants comme Erich Maria Remarque (À l’Ouest, rien de nouveau), Henri Barbusse (Le Feu) ou Maurice Genevoix (Ceux de 14) ont couché sur le papier l’expérience directe de l’enfer des tranchées. Leurs livres ne sont pas des romans au sens strict, mais des chroniques fictionnalisées qui ont défini l’image littéraire de 14-18 : la boue, le froid, l’absurdité, la camaraderie face à la mort. Ces œuvres, publiées en France par des éditeurs comme Flammarion ou Albin Michel, et aujourd’hui disponibles en poche chez Folio ou J’ai Lu, restent des lectures essentielles, vibrantes d’une authenticité douloureuse.
Un siècle plus tard, des auteurs contemporains revisitent cette guerre avec un regard neuf et une recherche documentaire approfondie. Pierre Lemaitre, avec Au revoir là-haut (Prix Goncourt 2013), explore l’après-guerre et la difficile réintégration des gueules cassées, mêlant satire sociale et thriller. Sebastian Faulks avec Oiseaux de sang ou Ken Follett dans La Chute des géants (premier tome de sa trilogie Le Siècle) intègrent la Grande Guerre dans de vastes fresques familiales et historiques. Ces livres, souvent des best-sellers publiés en grand format par Calmann-Lévy ou Robert Laffont, rendent la période accessible à un large public, montrant l’impact du conflit sur tous les aspects de la société.
La Seconde Guerre Mondiale : L’Abîme et la Résistance
L’ampleur et la monstruosité unique de la Seconde Guerre mondiale ont généré une production littéraire encore plus vaste et polymorphe. On y trouve les récits fondateurs de la Shoah, comme Si c’est un homme de Primo Levi ou La Nuit d’Elie Wiesel – des œuvres à la frontière du témoignage et du chef-d’œuvre littéraire, publiées par Éditions de Minuit ou Pocket. Du côté de la fiction pure, des romans ont tenté de saisir l’étendue du cataclysme. La Treizième Tribu de l’historien Arthur Koestler ou Le Zéro et l’Infini explorent les totalitarismes.
Le roman de guerre « opérationnel » connaît aussi un grand succès, avec des auteurs comme Sven Hassel (les aventures d’une patrouille pénale allemande) ou, plus récemment, Antony Beevor dont les ouvrages historiques (Stalingrad, La Chute de Berlin) se lisent comme des romans épiques. Les sagas familiales traversant la guerre, comme Les Bienveillantes de Jonathan Littell (un roman controversé et monumental) ou la suite Le Siècle de Ken Follett, permettent de suivre des destins individuels dans la tourmente. Ces livres sont souvent disponibles en format poche chez Le Livre de Poche ou en numérique sur les plateformes Kobo.
Les Hybridations et les Perspectives Inédites
Le thème des deux guerres mondiales est si riche qu’il se prête à des hybridations avec d’autres genres. Le thriller historique a explosé avec des auteurs comme Robert Harris (Munich, sur les accords de 1938) ou Philip Kerr et sa série Bernhard Gunther, qui suit un détective privé berlinois de l’avant-guerre à l’après-guerre. La science-fiction et l’uchronie s’en sont aussi emparées : Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick imagine un monde où les forces de l’Axe ont gagné, tandis que Fatherland de Robert Harris se déroule dans une Europe des années 60 dominée par un Reich victorieux.
La bande dessinée offre également des œuvres majeures, de Maus d’Art Spiegelman (récit de la Shoah en bande dessinée, Pulitzer 1992) aux séries comme Les Folies Bergères qui traitent de l’entre-deux-guerres. Pour se les procurer, les librairies spécialisées comme Album ou les grandes enseignes Fnac et Cultura ont des rayons bien fournis. Ces livres et albums prouvent que les angles pour aborder ces conflits sont infinis : par le politique, l’intime, le policier, le fantastique. Chaque approche éclaire une facette différente de l’événement.
Le Guide du Lecteur et du Collectionneur
Face à cette profusion, comment choisir ? Pour la Première Guerre mondiale, commencez par un témoignage fondateur (Remarque ou Genevoix) puis par un roman contemporain (Lemaitre). Pour la Seconde, alternez entre un classique sur la Shoah (Levi), un roman de résistance (L’Armée des ombres de Kessel) et un thriller historique (Kerr). Les amateurs de stratégie militaire se tourneront vers les romans de Tom Clancy (pour la technicité) ou les ouvrages des historiens comme Max Gallo ou Ian Kershaw, dont les biographies de Hitler sont des romans vrais.
L’édition est importante. Pour les classiques, les éditions de la Pléiade (pour Céline, Malraux) sont l’apogée. Les éditions Omnibus regroupent souvent les cycles d’un même auteur (comme les 10 tomes de Sven Hassel). Pour le numérique, les liseuses Kindle Oasis ou Kobo Elipsa sont parfaites pour lire de longs textes avec confort. N’oubliez pas les livres audio pour les longs trajets ; écouter Les Parachutistes de Pierre Schoendoerffer peut être une expérience intense. Des services comme Audible (groupe Amazon) ou Scribd en offrent un large choix.
FAQ (Foire Aux Questions)
Q : Quel est le roman le plus réaliste sur la vie dans les tranchées de 14-18 ?
R : Le Feu d’Henri Barbusse (Prix Goncourt 1916) est le témoignage le plus immédiat, écrit pendant la guerre. Ceux de 14 de Maurice Genevoix, écrit peu après, est d’une précision et d’une humanité remarquables. Les deux sont considérés comme des références absolues.
Q : Je cherche une saga familiale qui couvre les deux guerres mondiales. Des suggestions ?
R : La trilogie Le Siècle de Ken Follett (1911-1989) est parfaite pour cela. Les Piliers de la Terre se déroule au Moyen-Âge, mais sa suite Les Armes de la Lumière abordera le XXe siècle. La saga La Bicyclette bleue de Régine Deforges, bien que centrée sur une héroïne, traverse aussi la période.
Q : Y a-t-il de bons romans sur le front du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale ?
R : Oui. Tales of the South Pacific de James Michener a inspiré la comédie musicale South Pacific. L’Oiseau d’orage de James Clavell est un classique sur un camp de prisonniers. Plus récemment, La Guerre du Pacifique d’Ian Toll est une somme historique très narrative.
Q : Les romans de guerre sont-ils trop violents ou difficiles à lire ?
R : Certains peuvent être éprouvants, c’est vrai. Ils ne minimisent pas l’horreur. Cependant, beaucoup le font avec pudeur et dans un but de transmission. Il existe aussi des récits plus centrés sur l’aventure, l’héroïsme ou la résistance, qui peuvent être une porte d’entrée moins brutale. Parlez-en à votre libraire.
Q : Comment trouver des romans sur des aspects méconnus des guerres (le front italien, les colonies, etc.) ?
R : Les libraires spécialisés en histoire sont vos meilleurs alliés. Cherchez aussi des auteurs de ces nationalités : Mikhail Sholokhov pour le front russe, Carlo Sgorlon pour l’Italie. Les petites maisons d’édition historiques publient souvent des récits de niche. Utilisez les moteurs de recherche des sites comme Decitre avec des mots-clés précis.
Se plonger dans les livres qui constituent le vaste corpus des romans sur les guerres mondiales est une entreprise exigeante mais profondément enrichissante. Ces livres sont bien plus qu’une simple évocation du passé ; ils sont des passeurs de mémoire, des analyseurs de l’âme humaine aux limites de ses capacités de destruction et de sacrifice. Des témoignages poignants des poilus aux fresques romanesques contemporaines, en passant par les thrillers historiques et les récits de la Shoah, chaque livre offre une clé différente pour comprendre comment le monde a pu basculer dans de tels abîmes, et comment des individus ordinaires ont pu faire face à l’extraordinaire. Constituer une bibliothèque sur ce thème, c’est honorer la mémoire des disparus tout en s’armant intellectuellement contre l’oubli et la répétition de l’histoire. Que vous soyez historien amateur, lecteur en quête de récits forts, ou simplement soucieux de comprendre le siècle qui a façonné le nôtre, vous trouverez dans les librairies comme La Hune à Paris ou les rayons en ligne de Place des Libraires une infinité de livres à même de répondre à votre curiosité. Ces ouvrages, qu’il s’agisse d’un classique intemporel de la Pléiade ou d’un roman récent primé par le Goncourt, nous rappellent avec force que la littérature reste un outil essentiel pour appréhender la complexité de l’Histoire et pour perpétuer le dialogue entre les générations. En refermant ces pages, on ne ressort jamais tout à fait le même ; on emporte avec soi un fragment de cette mémoire collective, transformé par le talent de l’écrivain en une œuvre d’art et de réflexion universelle.
